A la base, il y a ceci :
Pour ceux qui n'ont pas vu, je vous laisse regarder la vidéo.
Après, ce que j'ai compris : Caroline Speller et Julien Chieze disent qu'ils ne se sentent pas journalistes (à titre très personnels) parce qu'ils vivent leur métier au milieu de leur activité culturelle préférée (je ne veux pas dire "passion" car ça irrite visiblement).
Ils trouvent que le métier de journaliste dans ces conditions ne semblent pas aussi dur qu'un correspondant de guerre.
Sur twitter, certains en sont restés là, y ont projeté leur vision du journalisme, très sérieuse mais tout aussi respectable. Ca les a blessé visiblement.
Par la suite, il y a des propos un peu malheureux de Julien qui, peut être pour faire vivre le débat lance que le journalisme à une forme plus figée, plus blasée, plus basée sur des techniques rédactionnelles issues de la presse papier traditionnelle.
Là aussi ça peut fâcher, je pense.
Débat, est-ce le bon mot ?
Mais, au delà des intervenants (finalement pas du tout opposés), des phrases qui peuvent blesser et de la forme (10 min, 4 intervenants c'est peu), c'est le débat en lui même qui est maladroit. Doit-on opposer les bloggueurs, les "journalistes" (ou les rédactions professionnelles pour ne pas parler de personnes mais de mode de travail)? Si Julien et Marcus s'étaient lancés dans le jeu vidéo aujourd'hui, auraient-ils blogué pour parler du jeu vidéo ? Auraient-ils fait des études poussées pour obtenir une carte de presse dans un métier qui s'est professionnalisé et rationalisé ?
Aujourd'hui, on a les moyens de s'exprimer et de partager facilement une opinion et un avis (la preuve). Au début du jeu vidéo, il n'y avait rien de cela.
Je pense qu'il n'y a pas qu'une seule façon de faire un article, un test, de donner un angle et de faire partager une vision. On peut y mettre de beaucoup d'affectif ou rester très pragmatique ou trouver un équilibre entre ces deux extrêmes (lu dans un bouquin de content management). Et il n'y a pas qu'un type de public. Certains recherchent la proximité des journalistes d'autres un avis d'expert. Et que l'on soit un blog, un site professionnel, c'est la diversité des tons qui fait l'intérêt d'internet. Mais garder l'esprit ouvert, ce n'est pas évident. Surtout lorsque l'on sait que l'être humain aime, par nature, être rassuré dans sa vision des choses (voir l'édito très juste de Rahan sur Gameblog http://www.gameblog.fr/chronique_371_edito-12-tous-biaises)
Tout le monde attendait quelque chose de différent à l'issue de ce débat. J'ai lu que certains souhaitaient que l'on parle de la difficulté d'être journaliste dans le milieu aujourd'hui. D'autres de la difficulté d'être blogueur. Mais la maladresse la plus flagrante de ces 10 min, c'est de vouloir, à tout prix, les opposer.
Fission mailed
C'est sans doute vrai que c'est difficile, aujourd'hui. Pour tout le monde.
La presse est-elle à l'image du jeu vidéo ? où l'on doit opposer la liberté des concepts des jeux indé (blog) au formalisme calibré, "marketté" et efficace des productions AAA (site pro) ?
Cette mutation du milieu tout entier est déconcertante pour beaucoup. On retrouve cette perte de repères aussi dans "la presse" (numérique et papier). D'un milieu de passionnés, on est arrivé à un business. D'une sous-culture pour gamin il y a moins de 30 ans, on se retrouve à voir des expositions dans des musées prestigieux aujourd'hui. Il a fallu plus de temps au cinéma pour accomplir cette évolution.
Les débats récents sur "comment parler du jeu vidéo aujourd'hui" se résument souvent aux clichés :
- Le blogueur "pique assiette", qui va aux soirées "éditeurs", choppe un jeu gratuit, fait une review de trois lignes et revend son jeu sur un site d'occase
- Le journaliste analytique qui fait une review froide en comptant le nombre de polygones, la puissance du CPU et du GPU utilisées par les développeurs
Il y aura toujours des gens qui profitent d'un système. L'industrie (oui maintenant, c'est une industrie) du jeu vidéo brasse beaucoup d'argent. Ca aiguise les appétits de personnes mal intentionnées ou de celles qui s'aventurent vers le monde vidéoludique pour de mauvaises raisons.
On ne retient que ces cas. On préfère se rappeler à la fin de la journée du bouchon/de la grève qui nous à mis en retard que de la personne qui nous a tenu la porte avec gentillesse. On finit par douter de la sincérité des autres.
Après on n'est pas dans le monde des bizounours et il y a peut être d'autres contentieux qui opposent Julien//Caroline et la rédaction de JVN (Rodolphe) (voir les twitter plus bas).
"On ne t'a rien demandé !"
C'est vrai. En plus je ne connais pas (et ne connaîtrai jamais) tous les tenants et les aboutissants de cette histoire.
Si je poste aujourd'hui, c'est parce que j'ai été ému de voir cette déchirure dans ma timeline twitter. De voir des mots très vifs entre plusieurs personnes dont j'apprécie les qualités.
Je ne suis pas là non plus pour faire de la conciliation. Je tenais, peut être à comprendre comment une émission sur une chaîne de jeu vidéo pouvait créer de telles tensions. Alors qu'à mon sens, c'est le sujet du débat et le traitement qui est maladroit.
Comment parler du jeu vidéo aujourd'hui, entre passion et business, est un sujet bien trop large pour le résumer à Journalistes vs Blogueurs. Il y a surement d'autres lieux et d'autres moyens de partager que 10 min sur Gameone ou en n*140 signes.
Personnellement, j'ai beaucoup de plaisir à lire les articles d'IG (pour le papier), de Gameblog, de Gamekult, de Xbox Mag et récemment de blogs de Junkflood, WireJess, Moossye et Spry (que j'ai croisé sur le live à l'époque du Forum Xbox Player). C'est la différence des points de vue qui me fait aimer le jeu vidéo.
Car malgré ce que j'ai pu lire récemment, c'est un média finalement très fédérateur. Ca me plait de jouer en Coop à RE5 avec mon père et ma soeur, ça me plait de retrouver mes amis à l'autre bout de la terre pour faire des sonic boom, de me retrouver à chanter du yaourt dans un micro après un bon repas dans une bonne auberge, de pleurer seul en actionnant la gachette pointée sur celle qui m'a tout appris.
Pendant ce temps, la pluie est tombée...
Pour ce billet, les lecteurs de twitter peuvent suivre :
Les participants au débat : @Piti_Fee, @JulienChieze, @Marcuszeboulet
les réactions vives : @ManuJVN, @RodolpheDonain, @W_Chloe
Gameblog : @_RaHaN_
Les blogueurs : @Moossye, @Wirejess, @Salomettte, @Sprykritic
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